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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 10:00

 

Quiconque s'intéresse aux météores, c'est-à-dire aux phénomènes atmosphériques, a maintes et maintes fois entendu un présentateur météo ou un prévisionniste de Météo-France lors d'une émission sur le réchauffement climatique, tenir des propos assez surprenants. L'anticyclone des Açores nous protègerait du temps perturbé, tandis que d'autres fois on affirme que la perturbation vient pousser l'anticyclone et finit par le chasser. L'anticyclone resterait désespérément à une latitude trop basse, laissant passer les dépressions. Ou au contraire, il stagnerait anormalement sur l'Europe, loin de son centre habituel et éponyme, nous infligeant, en période estivale, une canicule comme celle de 2003. Entendu plus d'une fois, l'anticyclone des Açores aurait même des velléités à faire ceci ou cela, que l'on se garderait bien de contrarier ou que l'on regretterait.

Le temps en France, et plus généralement en Europe occidentale, serait très largement dicté par le comportement des deux centres d'actions que sont la dépression d'Islande et l'Anticyclone des Açores. S'il est clair aux yeux de tous que celle-là n'a d'existence que statistique, n'existant que grâce à l'énorme perte d'information que représente une simple moyenne des pressions enregistrées, il n'en est pas de même pour celui-ci, présenté comme une véritable entité météorologique, pérenne pourrait-on dire.

Ce n'est certes pas sur un blog que l'on pourra entrer dans le détail des concepts de la météorologie et de la climatologie. Le lecteur intéressé se reportera s'il le souhaite aux références indiquées en fin d'article. Une chose toutefois. L'anticyclone des Açores, comme ses équivalents ailleurs dans le monde, aurait une origine dynamique : une ondulation du courant-jet d'altitude, plus connu sous le nom de jet stream, qui induirait une subsidence d'air sur la face arrière du talweg. Ce qui signifie que les très faibles pressions d'altitude seraient à même de créer et commander des hautes pressions au sol, de densité trois fois supérieure ! Avec pour cela des descentes d'air forcément intenses, que l'on n'a jamais observées, et pour cause puisqu'il faudrait alors un mouvement d'air des basses vers les hautes pressions, à l'inverse de ce qu'imposent les lois de la nature.

Les dépressions, elles, se trouveraient sur la face avant de ces talwegs. Laissons la parole aux auteurs d'un manuel universitaire que des générations d'étudiants ont potassé pour leurs cours de climatologie : « Rossby et ses collaborateurs avaient noté l'étroite similitude entre le profil de vitesse du jet-stream en régime rapide et celui qu'on observe dans les tourbillons horizontaux des cyclones tempérés. Un même type de turbulence suggère une étroite relation de cause à effet. Or cette variation est corroborée par les variations saisonnières du jet-stream, d'autant plus puissant que les perturbations du front polaire sont plus actives en hiver ». Une observation certes intéressante, mais peut-être prise dans le mauvais sens. Car en hiver, le courant-jet d'altitude est rapide et... tendu. Peu à même donc d'onduler et de former ces talwegs d'altitude censés générer anticyclones et dépressions. C'est en été que l'ondulation d'ouest est la plus marquée et c'est donc à cette saison que l'on devrait assister aux échanges méridiens les plus intenses, soit précisément le contraire de ce que l'on peut observer.


Laissons donc de côté ce que Marcel Leroux, climatologue français décédé en 2008, appelait de l'animisme météorologique, pour nous intéresser aux observations décisives permises par les satellites. C'est donc en images que les Anticyclones mobiles polaires mis en évidence par Marcel Leroux vont être brièvement expliqués.


Les hautes latitudes sont en constant déficit radiatif : elles rayonnent plus d'énergie qu'elles n'en reçoivent. Ce déficit thermique implique le refroidissement par la base de la basse atmosphère, qui s'affaisse et s'étale par divergence, formant des hautes pressions, autrement dit des anticyclones. L'augmentation de masse de cet air refroidit, alliée à la force centrifuge, ainsi qu'à la pente des inlandsis groenlandais et antarctique conduit à son exportation hors des zones polaires, vers des latitudes plus basses, selon une composante méridienne plus ou moins marquée et une autre vers l'est variable elle aussi.

Ces masses d'air froid, par leur nature même, sont pelliculaires, épaisses d'environ 1500 mètres, et d'un diamètre moyen de 2000 à 3000 kilomètres. Les caractéristiques de ces vastes lentilles d'air froid (absolument et/ou relativement) conditionnent leur trajectoire, car de l'air dense et de faible épaisseur ne peut franchir des reliefs importants. Ces derniers peuvent donc orienter la trajectoire de ces anticyclones mobiles polaires (AMP), les fractionner, voire les bloquer. La carte ci-dessous illustre ces trajectoires moyennes dans l'hémisphère nord.

 

Trajectoires AMP

 

La génération de ces hautes pressions aux pôles est importante, puisqu'un AMP est expulsé d'Arctique quasiment chaque jour (en moyenne 1,1 jour). À mesure qu'il s'éloigne des hautes latitudes, l'AMP évolue progressivement et tend à perdre de sa puissance par divergence et par contact avec la surface, plus chaude que lui. Les AMP arrivant sur la France peuvent avoir deux trajectoires principales. L'une "atlantique", la plus fréquente, venant de l'Arctique canadien, à l'ouest du Groenland. L'autre dite "scandinave", passant donc à l'est de l'inlandsis. Les plus puissants sont les seconds, car de trajectoire plus directe (qui leur laisse moins le temps d'évoluer). Ce sont eux qui, en hiver, nous apportent de grands coups de froids. On peut voir ci-dessous l'évolution de la température au passage de l'un d'entre eux. Le 5 février 2013, un AMP de trajectoire scandinave envahit la France. La température, qui remontait depuis le matin, chute alors de plusieurs degrés très rapidement. À Niort, la perte est de 5 °C en une heure.

 

TNiort5fev13

 

C'est également à un AMP scandinave que l'on doit la vague de froid intense et subite qui déferle sur la France du nord au sud à la toute fin de l'année 1978. À mesure que progresse l'AMP, les températures chutent vertigineusement, générant de grandes différences thermiques de part et d'autre de sa face avant. Le 31 décembre, vers 16h00, l'AMP atteint la région parisienne. Tandis qu'à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, touché par l'air polaire, la température descend à -10 °C, il fait encore 11 °C à une trentaine de kilomètres au sud, à l'aéroport d'Orly. En seulement 18 heures, la station de Paris-Montsouris enregistre une baisse de 24 °C. L'évolution thermique n'est pas tout. La République de Seine-et-Marne du 1er janvier 1979 titre : « L'étonnante journée climatique du 31 décembre en Seine-et-Marne : orage, grêle, averses à 16 heures... verglas et neige à 18 heures ! »


Dans son déplacement vers le sud, l’AMP est en contact avec un air plus chaud et moins dense, qui va le surmonter pour partie, mais surtout qu’il rejette vers le nord, créant une dépression associée. On peut voir sur cette image Météosat du 28 avril 1986 un AMP particulièrement bien identifiable, arrivant sur les côtes de l’Europe occidentale, avec la dépression qui lui est associée, matérialisée par l’enroulement classique des vents.

 

1986

 

Plus le froid au pôle est intense (donc la différence avec l’équateur grande), plus les AMP sont puissants et plus les dépressions se trouvant sur leur face avant sont creuses (faible pression atmosphérique), induisant un temps plus violent. C’est le cas en hiver, alors que le contraste entre basses et hautes latitudes est le plus marqué (c’est à cette époque de l’année que les tempêtes se forment le plus fréquemment), mais aussi lors des fluctuations climatiques conduisant à un refroidissement marqué, comme pendant le Petit âge de glace. Le temps qu’il fait est directement lié aux caractéristiques physiques de l’AMP et de l’air dans lequel il se déplace, mais aussi à sa trajectoire.

Le concept de l'AMP, ce n'est donc pas seulement le déplacement de hautes pressions en provenance du pôle, reconnu depuis plusieurs dizaines d'années bien que nié encore par beaucoup ; c'est également la zone dépressionnaire qui lui est étroitement associée, génératrice d'un temps perturbé. Le schéma suivant illustre cette interdépendance entre hautes et basses pressions à nos latitudes.

 

AMP

 

Les éruptions volcaniques importantes, grâce à leurs nuages de poussières et de cendres facilement suivis par satellite, permettent de matérialiser les AMP et leur rôle dans les échanges méridiens. Ici, suite à l'éruption du Mont Spurr (Alaska) le 17 septembre 1992, un AMP prend en charge sur sa face avant le nuage de poussières à partir du 18 septembre et le transporte en quelques jours vers le Groenland.

 

AMPMontSpurr

 

Il en fut de même lors de l'éruption du volcan islandais Eyjafjöll en 2010. L'image animée montre la prise en charge du nuage de poussières dans la dépression de face avant de l'AMP, mais aussi sur le toit de celui-ci. Les petites flèches indiquent la direction du vent et montrent bien le sens de circulation de l'air dans le sens horaire pour l'anticyclone et dans le sens antihoraire pour la dépression associée.

 

Nuage cendres

 

Les deux images ci-dessous montrent l'arrivée d'un AMP atlantique sur l'Europe occidentale, le 20 février 2014 à 12h00. La première est bien sûr une image satellitale. La seconde est la carte isobarique correspondante. La situation est remarquablement claire, anticyclone mobile et dépression associée étant très clairement définis. Même un oeil peu exercé peut deviner la provenance de l'AMP, depuis l'ouest du Groenland.

 

AMP20022014sat2

AMP20022014isob

 

On voit également, sur la carte isobarique, que l'AMP rejoint une zone de haute pression. Il s'agit de la ceinture des hautes pressions subtropicales, qui ne sont rien d'autre que des agglutinations anticycloniques, constamment alimentées par l'arrivée d'AMP. Un article prochain de La Trogne reviendra sur ce point. 

Des agglutinations anticycloniques peuvent également se produire sous nos latitudes. Elles sont alors généralement décrites comme des situations de blocage, la plupart du temps non expliquées, si ce n'est par les ondulations du courant jet, ce qui, comme on l'a vu, n'est guère probant. Que plusieurs AMP s’agglutinent en hiver et l’on obtient à partir d’un air déjà très froid une situation anticyclonique stable favorable au refroidissement : longues nuits claires pendant lesquelles le rayonnement de la Terre (dans l’infrarouge) n’est pas bloqué par les nuages, jours courts pendant lesquels le Soleil est bas sur l’horizon et peu à même de réchauffer l’atmosphère. C’est ce qui s’est passé lors des quatre vagues de froid de l’hiver 2009-2010, ou encore les hivers 1954 et 1956. C'est également le cas de l'épisode froid de février 2012. Voir à ce propos les références données en fin d'article.

Si les agglutinations anticycloniques hivernales nous apportent le froid, celles se déroulant en été génèrent toutes les conditions favorables à un temps chaud et sec. C’est précisément ce qui s’est passé en août 2003 : la fréquente alimentation en air dense via les AMP, a installé sur la France des hautes pressions favorisant l’échauffement des basses couches de l’atmosphère. S’ensuit une canicule remarquable tant par ses températures que par sa longueur, très rapidement cataloguée comme une manifestation sinon du réchauffement climatique, du moins de ce qui nous attend plus fréquemment à l’avenir à cause de celui-ci. Marcel Leroux et Alexis Pommier avaient rédigé une note informative à destination des médias, qui l'ont bien sûr ignorée. Elle est consultable dans les liens indiqués en fin d'article.

 

La reconnaissance des AMP par Marcel Leroux, basée sur l'observation des faits, aurait pu être une étape majeure de l'évolution de la discipline climatologique. Outre les classiques oppositions entre chapelles, et plus généralement aux explications nouvelles en science, le contexte du réchauffement climatique anthropique n'a guère été favorable, car la lecture de l'évolution du climat à l'aune du travail de Marcel Leroux ne lui est guère favorable, pour le moins. C'est sur ce travail convaincant que se baseront modestement les articles de La Trogne consacrés aux phénomènes atmosphériques.

 

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Et comme rien ne remplace des lectures approfondies, voici quelques références utiles :

 

Sur la canicule de 2003, on trouvera ICI la lettre adressée aux médias par Marcel Leroux et Alexis Pommier, qui revient sur cette situation météorologique exceptionnelle.

 

Une analyse des situations météorologiques de février 2012, en quatre parties :

Partie 1     Partie 2     Partie 3     Partie 4

 

Bien sûr, des livres, à commencer par ceux de Marcel Leroux.

La dynamique du temps et du climat, 2de édition, paru chez Dunod, est un incontournable. Il est hélas épuisé. On le trouve parfois d'occasion, mais à prix prohibitif. Un éditeur spécialisé dans les livres épuisés le propose de nouveau. La Trogne n'a pas d'avis sur la qualité de cette réimpression, ne l'ayant pas eu en main.

Dynamic Analysis of Weather and Climate est sa version en anglais, actualisée. La Second Edition correspond en effet à la troisième chez Dunod, qui n'a finalement pas eu lieu. Le prix est dorénavant assez dissuasif...

Global Warming, Myth or Reality? est une approche de la réalité de l'évolution climatique récente éclairée par la dynamique des AMP. Même remarque sur le prix.

Afin d'apprécier pleinement le travail de Marcel Leroux, il est sans doute préférable de lire au préalable un manuel classique de climatologie, comme celui de Pierre Estienne et Alain Godard, Climatologie. Un peu ancien mais clair. Il est encore aisément disponible d'occasion. Il en est d'autres, plus récents, que l'on trouve facilement.

Enfin, Climat, mensonges et propagande aborde plus d'une fois le travail de Marcel Leroux. Il n'est jamais trop tard pour bien faire et donc le lire.

 

Leroux-La-dynamique-du-temps-et-du-climat.jpg  Leroux dynamic analysis of wather and climate  Leroux-erring-ways.jpg  Estienne&Godard  Climat, mensonges et propagande


La Trogne propose aussi une page consacrée aux publications de Marcel Leroux, ainsi que de ses étudiants. De nombreux articles y sont consultables en ligne, scientifiques ou grand public. Ils sont un précieux complément.

 

 

 

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Published by Hacène AREZKI
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commentaires

Hacène 28/08/2014 10:54


Une animation permettant de voir les
AMP défiler et se téléscoper sur l'Europe occidentale durant près d'un mois et demi, début 2014.